La Française - Steven Bicknell

Mon blogue

La Française

La Française - Steven Bicknell

Je me suis rendu à un 5 à 7, chez mes voisins. Georges m’avait dit, clin d’œil à l’appui, qu’il y aurait une Française. Célibataire endurci, j’ai depuis quelque temps, l’envie de me ranger avec une femme, et dans une discussion avec mon voisin, je lui avais avoué une préférence pour les Françaises. J’étais donc assez excité de me rendre à cette réunion, et j’avais même acheté du Champagne pour faire honneur à l’invité spéciale.

J’arrivais donc avec dix bonnes minutes d’avance, ma bouteille à la main.

- La Française ne va pas tarder. Elle s’appelle Ginette. Elle est grande, enfin, de ta taille, brune et des yeux qui... Enfin, tu verras.

Peu après, la sonnette retentit.

- C’est elle, me lança Georges.

Son épouse alla ouvrir sur une superbe jeune femme. Je n’osais pas bouger, timide comme un enfant, je jetais un regard à mon voisin.

- Tu lui as dit quoi à mon sujet ?

- Ne t’inquiète pas : tu es mon meilleur ami, tu es célibataire, tu aimes la France, et pour le reste, c’est à toi de jouer. Allez, viens !

Georges nous présenta l’un à l’autre, et Ginette me tendit la main. Je n’osais pas trop la lui serrer. Pour un premier contact, cela me parut un peu précipité.

- Bonjour madame. Dis-je maladroitement.

- Oh ! Madame ! Voilà un terme bien emphatique ! Allons, d’abord, je ne suis pas mariée et puis, appelez-moi Ginette. Ainsi, vous adorez la France ?

- Euh ! Oui, mais je n’y suis jamais allé. Peut-être un jour ?

- Mais, j’espère bien ! Je vous servirai bien volontiers de guide.

- Parlez-moi plutôt de votre motivation qui vous a amenée ici, au Québec.

- D’abord, j’adore les chanteurs canadiens. Leur accent me fait craquer. Vous avez une chance inouïe d’avoir Céline Dion et Garou. Nous, en France, on en est dingues. Et puis, votre langage ! Comment dites-vous ? Tabernacle ?

Je fis la moue, je n’aimais pas que l’on galvaude notre juron national.

- Tabarnak ! On dit tabarnak, mais il vaut mieux ne pas jurer, Ginette ! Vous n’aimeriez pas que l’on vous lance « merde » dans la conversation, n’est-ce pas ? Quant à Céline et Garou, ce sont des chanteurs qui ont un succès, certes international, mais qui, quand ils chantent, prennent votre accent et c’est dommage.

- Ah ! C’est nous qui avons un accent ! Bon, je ne veux pas chicaner là-dessus. Mais je vous adore déjà.

- Moi ?

- Vous, les Québécois, mais pour toi, je ne suis pas loin d’avoir le coup de foudre. Je peux te tutoyer ? J’aimerais qu’on se revoie durant mon séjour, je me sens un peu seule, et si tu voulais me servir de guide, j’en serais ravie.

Je me raclais la gorge. Elle allait vite en affaires la fille ! Bien sûr, Ginette me plaisait beaucoup, mais elle était trop franche. Je ne savais pas quoi lui dire pour ne pas la vexer dans un refus direct, mais j’aurais aussi aimé accepter sa proposition et ne savais pas non plus comment lui signifier. J’avais hâte que la rencontre se termine et trouvais le prétexte adéquat :

- Ce serait avec un grand plaisir Ginette, mais pourquoi ne pas en reparler plus tard ? Ce soir, je dois vous quitter, car je dois absolument terminer la planification financière personnelle de mon frère, et il compte sur moi pour que cela soit fait demain au plus tard.

Je me suis tourné vers mon ami.

- Georges, tu m’excuseras, mais je dois y aller. On se revoit demain ?

Il hocha la tête, et me décocha un regard de reproche, il a vraiment du sang français dans les veines, lui.